Léo et Clint avec ou sans questions

Aurélie en mode contre-critique

Attention : ne pas lire tout de suite si vous comptez aller voir le film, Spoiler Alert.

Jean D’Ormesson déclare de lui-même qu’il aurait été un très mauvais politicien car il se révèle souvent trop sensible aux arguments de ses adversaires. Sans avouer une faiblesse, je souffre du même mal, parfois seulement.

Hier soir, accompagnée d’une super copine mais fardée des critiques de « Radio couloir », je suis allée voir J. Edgar, le dernier film de Clint Eastwood, avec pour acteur principal mon éternel Léonardo DiCaprio.

Alors que je regardais C. Elias Eastwood nous raconter l’histoire de J.Edgar Hoover, le créateur du FBI tel qu’on le connaît aujourd’hui, je fus soudain percutée par l’une des critiques de mon entourage : « Ce n’est pas du GRAND Clint Eastwood ». Pardon ?

Le réalisateur nous dépeint la vie de l’un des personnages les plus influents du 20e siècle. Il aurait pu nous embarquer dans son histoire chronologiquement, avec quelques effets et rebondissements. Fin de l’histoire. Mais non, M. Eastwood nous transforme cette histoire.

Il la déconstruit, en fait un puzzle, jusqu’à nous propulser dans différentes décennies, sans ordre plus précis que celui de nous donner des informations et des explications sur ce qui précède et ce qui va suivre, sans même nous donner une date pour situer les événements. C’est à vous de deviner.

Il réussit à nous faire sourire de scènes on ne peut plus sérieuses pour les personnages vivant la situation. Et pour le coup, nous sommes les seuls à capter le brin d’ironie ou de cynisme qu’Eastwood nous indique de son influence invisible.

Il nous montre ce qu’il faut soupçonner : un E.J sur le déclin demandant avec une fermeté toute singulière à son comparse du troisième âge qui vient de faire une attaque cardiaque d’articuler plus clairement, et sans plus d’indices, le spectateur aperçoit clairement la mère d’un très jeune E.J l’invectivant pour qu’il parle distinctement malgré son bégaiement et son jeune âge, le poussant toujours vers des sommets plus hauts. La découverte d’un vieil homme mort par un septuagénaire amoureux vous met devant les yeux une enveloppe blanche, vidée de son âme.

Il vous montre et il vous démontre. A la fin du film, on vous fait comprendre qu’à peu près 20 minutes de l’histoire est fausse. On vous a berné. On s’est joué de vous et vous avez sourit.

Tout cette réflexion est bien sûr portée par l’acteur principal, tellement enfoui dans son rôle qu’à la sortie du film vous vous demandez si c’était bien lui, sur l’écran, tout le long du film.

A quoi fallait-il s’attendre de plus ? Un peu plus d’action façon Transformers dans une biographie sur les débuts balbutiants de l’autorité fédérale américaine en 1920, au milieu de temps troublés ?

Tous les réalisateurs ont leur style : Burton, Bay, Newell, Allen… Mais Eastwood a t-il réalisé un film qui ne lui ressemblait pas ? N’a-t-il pas créé une ambiance, suivi un fil conducteur ? N’a-t-il pas choisi de nous raconter une histoire à sa façon ?

Du moment que M. Eastwood est content des choix qu’il a fait pour créer ce film tel qu’il est et qu’il est fier de son travail, il n’y a rien à dire. Qui d’autre, mis à part Mr Eastwood, peut déterminer s’il s’agit d’un film à classer parmi les « grand Clint Eastwood » ou non ? Le réalisateur aurait-il quitté son corps pendant le tournage ? Ne serait-il pas en possession de tous ces moyens occasionnellement ? Son esprit ne se manifesterait-il que par passades ? S’il avait réalisé un film « dans la même veine », on lui aurait reproché de rester « dans la même veine ». S’il s’était réinventé, lui et son travail, ce changement aurait sans doute été  tout autant critiqué.

Le Monde et le Nouvel Obs ne sont d’ailleurs pas d’accord sur le sujet : l’un parle d’un film laborieux, l’autre d’une grande réussite.

Répondant à des intérêts internes et propres à chacun qui se voient satisfaits ou non, les critères de jugement deviennent pointus et non universels. Mais s’agissant d’un film qui ne déroge objectivement pas au style Eastwood, ne cédons pas au prétentionnisme ambiant.

La seule vraie question qui subsiste ici est « QUAND est-ce que Léonardo DiCaprio sera ENFIN oscarisé ? »

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