Le monde fabuleux des hypermarchés

Aurélie en mode « comptes » de fées

Il était une fois le royaume de la consommation alimentaire industrielle : l’hypermarché.

Tous les badauds vivant aux alentours de ce royaume connaissaient bien ce lieu qu’ils visitaient au moins une fois par semaine. Des foules entières foulaient le sol lisse, montaient les escalators mécaniques et métalliques et respiraient l’air conditionné des bâtiments de ce temple vital.

Et cet élan hebdomadaire était bien justifié. Ils trouvaient là une nourriture essentielle à toute vie…

Au milieu des grands rayons bien achalandés de dizaines de boîtes de conserve de multiples couleurs, des étales de poissons aux éclats différents et de fruits en provenance de la Terre entière, de bacs réfrigérés pour les produits glacés et de la papeterie, des vêtements, des jouets, de la vaisselle et des outils pour bricoler, des enfants courraient dans tous les sens, certains même pleuraient de tant de surface et de tentations, des parents soucieux de leur alimentation suivaient plus raisonnablement sans se soucier de grand-chose et surtout pas des autres visiteurs (nul besoin), des vieilles personnes poussaient doucement leur caddie et des tornades sortant du royaume du bureau sillonnaient à toute vitesse les allées en quête de minutes perdues au son de l’hymne du barde Alain Souchon : « Foule sentimentale ».

Grâce à tous ces visiteurs, le royaume de l’hypermarché était très prospère. Les consommateurs trouvaient cela bien pratique, il est vrai. Tout était à portée de main, les prix défiaient parfois la concurrence si l’on savait bien regarder les tarifs au kilo ou dénicher les promotions honnêtes. Il ne fallait pas courir dans un autre temple pour avoir le choix. Il suffisait d’apporter avec soi assez de grains de blé pour pouvoir ressortir avec un panier plein de produits divers et variés.

Ce royaume était dirigé par de grands hommes vêtus de costumes noirs ou gris anthracite qui, du haut de leur 18E étage, avaient de grandes montagnes de blé dans leurs coffres secrets cachés à la banque. Mais, un jour, ils décidèrent qu’ils n’avaient pas encore assez de réserves.

Ils commencèrent par faire appel à d’autres grands hommes en costume qui avaient fait leurs études dans de grandes écoles. Tous se réunirent autour d’une table pour trouver plusieurs idées et augmenter les stocks de cette précieuse matière. La liste fut longue, longue, looooooongue… Tellement longue que les patrons décidèrent de ne choisir que quelques suggestions afin de ne pas éveiller les soupçons de leurs visiteurs. Il fallait alors traire la vache à lait, presser le citron plus que de raison et bousculer les moutons, mais avec précaution.

Ainsi, ils décidèrent de moins payer les petits producteurs de produits frais. Après tout, qui se souciait du bien-être des petits ? Il fallait en profiter.

Sous couvert de ne pas recevoir de visiteurs stationnant là sans vraiment rentrer dans le royaume, le parking destiné aux petites voitures des petits consommateurs devint payant. Les visiteurs durent garder un oeil sur leur montre afin de pas dépenser quelques grains de blé supplémentaires en stationnement. Après tout, ils avaient l’habitude de surveiller l’heure.

Enfin, ils imposèrent des quotas de productivité à l’heure à toutes les caissières, les employées du royaume chargées de récolter le blé lors du passage des clients vers la sortie. Ces petites mains, elles-mêmes gratifiées d’un nombre restreint de grains de blé, n’eurent d’autres choix que de précipiter les articles d’un visiteur sur celui d’un autre et ainsi de suite jusqu’à retrouver 3, voire 4, consommateurs pressés derrière sa caisse, essayant de récupérer leurs articles entre tous ceux des autres ou d’éviter le regard noir des consommateurs qui pour certains n’avaient pas acheté grand chose (et surtout pas de la patience ni du respect) et attendaient leur tour pour payer.

Le mécontentement entre les petites gens déjà siphonnés par leur vie grandit. Mais qui oserait dire quelque chose aux caissières ? Les visiteurs ne s’y aventureraient pas, pas tout de suite. Après tout ce n’était pas la faute de ces employées. Et c’était bien vrai. Mais les visiteurs mettraient du temps à s’en apercevoir et surtout  à protester ne serait-ce qu’un petit peu.

Alors, les grands hommes sourirent, s’assirent et eurent beaucoup de petits grains de blé.

Fin.

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4 réflexions sur “Le monde fabuleux des hypermarchés

  1. Et à la fin la caissière épouse le monsieur au costume anthracite pour obtenir sans effort beaucoup de petits grains de blé ! elle est pas belle la vie ?!

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